Lifestyle

Instant coup de gueule : la minceur, ce doux projet 2018.

Je cherchais, il y a peu, un petit carnet Bullet à offrir à ma meilleure amie. Etant une journaliste indépendante, je souhaitais l’initier aux joies de l’organisation impliquant stylos de couleurs, masking tape et stickers en forme de licorne, une activité des plus sérieuses donc. Je me suis donc dirigée vers la Fnac, l’antre du savoir, c’est bien connu, afin de trouver un ouvrage qui pourrait l’introduire à ce sujet.
J’étais tranquillement en train de flâner entre les rayons quand mon oeil a été attiré vers une jolie couverture rose d’un carnet qui s’appelait Mon cahier 2018, My Life is Beautiful. Franchement, un titre pareil, on a forcément envie de quoi il en retourne. Bah oui, qui n’a pas envie d’un carnet qui fasse que sa vie soit Beautiful en 2018. En plus, en fana de produits bien-être et de développement personnel, j’avais encore plus envie de voir de quoi il en retournait .
Je retourne donc le carnet et lis la 4ème de couverture et là je vois quoi ? Ça :
 
Chaque semaine : 
1 conseil beauté (peau, cheveux, ongles, look) + 1 conseil sport minceur, nutrition (recette, conseil minceur, conseil vitalité) + 1 conseil bien-être (soin cocooning, pensée positive, antistress…).
Donc clairement, en 2018, si je veux que ma vie soit Beautiful, je dois chaque semaine suivre un conseil Minceur.
Mais what the fuck ?
En fait, quand on est une femme aujourd’hui, l’une de nos préoccupations principales doit être de faire du sport dans l’intention de maigrir. Non car on ne pourrait pas avoir juste envie de faire du sport pour avoir une bonne hygiène de vie, pour se détendre, parce que l’on aime ça, voire ne pas en faire du tout car après tout, on est seule à vivre dans notre corps donc qu’est que ça peut bien foutre aux autres en soit, mais non. En 2018, la femme, elle doit toutes les semaines de l’année (de l’année !), suivre un conseil minceur car oui toutes les femmes devraient avoir un objectif minceur.
Franchement, peut-être que ma réaction est exagérée, et que le message était plus porté sur le bien être dans ce carnet que sur le lavage de cerveau quotidien sur la minceur mais moi honnêtement, la seule finalité que cela a eu, a été de reposer ce livre en me disait : mais bordel c’est dingue, on ne va jamais nous foutre la paix avec notre poids ! Maintenant même quand on cherche à s’organiser de manière ludique et fun, on va nous rappeler toutes les 7 pages qu’on doit maigrir, merde à la fin ! (Oui je deviens très vulgaire quand je suis énervée).
Car non, je me dois de le souligner, toutes les femmes n’ont pas envie de maigrir. Nous n’avons pas toutes pour objectif de rentrer dans un 34/36 ou de faire plaisir aux autres en leur évitant la vue d’une petite cuisse ou fesse bien ronde. Non. Je sais qu’à l’écriture de cet article, je vais surement recevoir des commentaires du type : tu dis tout ça mais au fond toi aussi tu aimerais bien faire un 36 !
Et bien non, au risque de vous décevoir, ce n’est pas le cas car cette erreur je l’ai déjà faite, been there, done that !
En 2017 on peut dire que mon poids a été un vrai sujet pour moi. Je m’étais mis en tête qu’il fallait absolument que je fasse un certain poids sur la balance et que par conséquent je devais perdre 5 kg. Je devais avant mes 30 ans, reprendre le contrôle de mon alimentation et de ma routine sportive afin d’appréhender la trentaine sereinement et avec une certaine discipline (je vous jure que j’avais quasiment écrit ça mot pour mot en Janvier). J’avais cet objectif gravé dans mon esprit et j’ai entrepris de faire mille et un sacrifices pour y arriver :
  • Je me suis lancée dans des challenges sportifs délirants, vous savez ces programmes sur 12 semaines ou vous faites des séries de musculation comme si vous étiez dans les émissions d’amincissement qui passent sur le câble. Bien sûr, vous le faites chez vous, n’importe comment et très intensément au risque de vous déglinguer…et bien à peu près tout.
  • J’ai fait des semaines de coupes drastiques dans mon alimentation : semaine sans sucre, sans gras…je suis même allée jusqu’à essayer la monodiète de pommes (que j’ai fait pendant 18h avant de péter un cable et de m’envoyer un big mac, si si, true story !).
  • J’ai finalement consulté 2 nutritionnistes différentes. La première me faisant comprendre que mon problème n’était pas ce que je mangeais mais la quantité et la deuxième me faisant comprendre que le problème était tout le reste. Ce que je mangeais, ne mangeais pas, quelle marque je ne devais plus acheter, quel complément alimentaire j’allais ingérer pour pallier aux manques qu’elle allait me créer pour me faire maigrir car oui j’en avais vraiment besoin selon elle.
La dernière étape a clairement eu l’effet inverse que je cherchais, non seulement j’ai passé 3 semaines d’autoflagellation, de culpabilisation et de sautes d’humeur incessantes mais j’ai pris conscience à quel point cette quête d’un chiffre était dérisoire.
En concentrant toute mon attention sur mon poids, je me suis rendue compte que je mettais trop d’énergie à aller dans la mauvaise direction. La vraie question que je devais me poser était : pourquoi cet objectif de 5 kg ? Ce n’est pas comme si j’avais rempli un questionnaire ou consulté un spécialiste de la santé qui m’avait dit : Mademoiselle si vous ne perdez pas 5 kg en 6 mois, vous mourrez dans d’atroces souffrances. Alors pourquoi ?
Et bien tout simplement parce qu’à mes 20 ans c’était le poids que je faisais. Et donc je ne comprenais pas pourquoi je n’aurais pas la même discipline qu’à mes 20 ans et ne pourrais pas faire le même poids. Oui mais voilà, le fait est qu’aujourd’hui, j’en ai 28 et que ma vie ne ressemble en rien à ce qu’elle était à ce moment là. Je faisais du sport 3 à 4 fois par semaine, j’étais à l’université et uniquement les périodes d’exam me causaient du stress (oui quand nos parents nous financent appart et études, on va pas faire comme si on avait des montagnes d’anxiété à gérer). Je mangeais plutôt sainement et surtout je vivais au Canada, où chaque sortie par -15 vous faisait certainement perdre la moitié de votre masse graisseuse à essayer de ne pas mourir congelé.
Je sens venir tous les pro-sport qui vont me tomber dessus : oui mais 28 ans c’est jeune alors bouge toi les fesses si tu les veux rebondies et n’oublie pas de mettre de la protéine végétale dans ton smoothie avant d’aller courir ! Désolée les gars, mais ce sera sans moi.
Ma recherche personnelle et mes objectifs ont changé aujourd’hui. Je ne veux plus courir après une ancienne version de moi. Je ne veux plus satisfaire une envie malsaine d’être une version améliorée, plus fit, plus mince et donc plus en accord avec ce que les autres pensent être beau. Je veux m’aimer, moi.
Ça fait un peu slogan pour une marque de rouge à lèvres ou de produit capillaire mais au fond c’est la vérité. Je veux me sentir bien dans mon corps et surtout avec mon corps. Alors il est certain que si je lui donne à manger n’importe quoi et que je ne fais pas le moindre petit effort physique, je ne vais pas me sentir hyper bien. Mais ce sont les seules raison qui me donnent envie de me préparer une belle salade ou de faire du yoga. C’est mon, et j’insiste sur ce « mon », rapport à mon corps. C’est ainsi que j’ai créé cette relation avec lui et comme toute relation, elle ne regarde que nous (non pas même mon copain, ma famille & co). Apprendre à vivre en harmonie avec ce tout premier habitat qu’est mon corps, en l’écoutant, en lui donnant ce dont il et j’ai besoin, c’est ça mon principal objectif à présent. Et non, pas la recherche de minceur.
Un jour, j’aurais peut-être une fille, et j’aimerais qu’elle grandisse en se posant uniquement cette question : si j’étais sur une île déserte, seule au monde, est-ce que mon corps me conviendrait, est-ce que je l’aimerais et me sentirais bien à l’intérieur de ce dernier ? Se libérer du regard des autres pour se poser la vraie question du vivre avec soi est selon moi le meilleur moyen d’arriver à s’accepter. Je souhaiterais qu’elle mange sainement et fasse du sport pour s’honorer elle-même, pour être en santé et vivre le plus longtemps et heureusement possible et non pour remplir un besoin de plaire à une société qui tous les 40, 50 ans (voire moins) changent de diktat beauté.
Conclusion, non je n’achèterai pas ce carnet. Je prends les recettes saines et les idées d’exercices sportifs mais vos conseils minceurs pour 2018, je vous les laisse.

Crédit photo : Bryan Minear

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